vendredi 2 novembre 2007

Quand j’aurai 18 ans

Imaginez, depuis que vous êtes petit, vous rêvez d’être grand. Vous serez pompier, chanteuse, professeur ou joueur de hockey. Vous admirez votre père, votre grande soeur, votre cousin, votre voisine. Qu’il semble faire bon être un grand ! Rendu adolescent, vous vous voyez enfin devenir adulte. « Quand j’aurai 18 ans… » Je mangerai ce que je veux. Je rentrerai quand je voudrai. J’aurai l’âge légal de boire. Je fumerai si ça me chante. Je pourrai voter. J’aurai mon permis de conduire. Nos 18 ans, on les attend… comme la poupée Barbie, mangeuse de barbe-à-papa, comme la dernière console de jeu Nintendo. Cette journée promise au bonheur. Et enfin ce jour arrive. Vous êtes en pleine extase. Les amis, le délire. Tout est possible ! Le monde s’ouvre enfin à vous ! Attendez-moi, j’arrive ! Un copain est en voiture, a son permis. Vous taquine, le nouveau majeur au permis temporaire. Vous répliquez votre expérience de la conduite et s’ensuit le jeu du j’veux voir ça, t’es pas game. Les clés des parents qui traînent et c’est parti. Les hormones dans l’tapis et l’euphorie dans les oreilles ! Yé ! On est jeune ! Adulte ! À nous le pouvoir ! Vous le dépassez, il vous dépasse, on veut montrer qu’on est capable, on accélère. Wouwouh ! Il vous attend à l’arrêt. Vous vous apprêtez à apporter le coup définitif à son orgueil et le dépasse, par la droite. Mais ho… la voiture ne répond plus et quitte la chaussée, et va s’arrêter loin sur le gazon…

Jusque là, erreur ou folie de jeunesse… Qui n’a pas fait pire ? Mes oncles m’ont raconté leurs beuveries terminées sur la route de leur village du Lac St-Jean à Québec aller-retour en pleine nuit. Mon frère, ses joints fumés au volant de la voiture neuve de ma mère. Moi qui me suis arrêtée revenant de veiller à un feu rouge un coin de rue avant la dite intersection et qui a repris ma voiture stationnée tout croche le lendemain matin. Mais chaque fois, rien n’est arrivé. Pas la moindre égratignure.

Mais pour ce tout nouveau joueur dans le paradis des grands, au bout de cette course se trouve une petite fille. 3 ans. Tuée sur le coup. Aucune pitié pour le chauffard. La fête se termine déjà. Pour lui, son entrée dans l’âge adulte ne commence pas autour d’un pichet de bière avec les chums, pas de beuverie, pas de vomie, pas de frotte bedaine sur la piste de danse. Non, ce qui attend ce tout nouveau Monsieur, c’est la prison !!! La prison, mais aussi la honte. Pire, il entame sa vie adulte avec la culpabilité qui ne le quittera plus jamais. Il ne prendra finalement peut-être pas son permis. Il ne se mesurera peut-être plus jamais à un chum. Il ne se passera peut-être plus un seul rire, un seul bonheur sans cet immense remord qu’une petite fille, par sa faute, ne rira plus jamais. Et lui aussi sera un peu mort en dedans.

Pourquoi lui, pourquoi pas son copain, et pourquoi pas nous ? Toute l’innocence de nos jeunesses sur les bien frêles épaules d’un jeune de 18 ans.