Je n’aurais pas pu imaginer les funérailles de mon père sans musique.
Non seulement, la musique était sa vie, mais mon père vivait pour la musique. Il se levait et se couchait avec la musique. Elle était comme l’oxygène de l’air pour nos poumons, et coulait dans ses veines, comme elle coule maintenant dans les nôtres. Puisque nous aussi étant petits, on se levait et se couchait avec elle, se couchait surtout en fait…. Parce que mon père n’était pas un lève tôt, mais plutôt un couche tard. On s’endormait au son de l’Arnaque ou d’un Chopin. Il nous a appris à la lire, mais surtout à l’aimer.
Quand il ne jouait pas, il l’écoutait. Et lisait. Beaucoup. Pascal, Hawking, Reeves, L’Imitation de Jésus-Christ, la Bible qu’il a lue… 3 fois ? Il adorait apprendre. Je dirais encore qu’il vivait pour apprendre. Il affectionnait particulièrement les sciences, surtout l’astrophysique. Les forces universelles, la relativité et les quarks le fascinaient. Il nous a appris à aimer les orages, en les admirant, mais surtout en nous faisant découvrir le phénomène. Il aimait tenter de percer les grands mystères. Ô combien de discussions sur le Big bang, la théorie de l’évolution ou le mouvement perpétuel ! Mais aussi sur les extra-terrestres ! Parce qu’il a eu sa passe ésotérique. Il l’aura scruter le ciel au chalet dans l’espoir d’en voir enfin passer une, une soucoupe volante !!!
Il aimait la discussion, mais aussi l’argumentaire : le débat. Débat d’idées. Sur la religion, la philosophie, la psychologie, la société… la politique ! Libéral jusqu'à la moelle, je donnerais cher pour avoir son opinion sur les pertes désastreuses de la caisse de dépôt et de placement ! Il n’existait aucun tabou pour mon père, tout était sujet à discussion. À travers ces innombrables obstinations, mon père nous a livré un autre de ses précieux héritages : la liberté d’opinion et de pensée, « le libre arbitre » comme il disait. Il nous a appris à moi et à mon frère à faire fi des réflexions toutes faites, à douter, à chercher, à vérifier, pour finalement forger notre propre opinion… qui ne s’avérait pas nécessairement la même que lui… pour son plus grand bonheur j’en suis sûre ! Parce qu’à travers ses débordements et ses emportements enflammés, on traduisait son plaisir d’avoir trouvé un adversaire à sa hauteur…
Jeune, ce fût aussi un sportif. Un passionné de hockey. On a d’ailleurs appris avec lui à patiner très jeune. Il avait même fait une patinoire dans notre cour à Terrebonne. Il aimait jouer au baseball, « à balle » comme il disait. Et on a joué aussi, au hockey, patinage artistique, baseball, soccer, piano… Et toujours il était là pour nous encourager. Et pour ça, il en avait de la gueule ! Mes coéquipières s’enquéraient de la présence de mon père bien avant la mienne pour un prochain match important de balle-molle ! Il nous aura même fait gagné la coupe une année !
Puis, il y a eu bien sûr la maladie. L’arthrite rhumatoïde dont il a souffert près de 25 ans. Les opérations aux hanches, un infarctus et un quadruple pontage, un AVC, un décollement de la rétine. Ses souffrances l’auront ramené à la religion. À Dieu, sans qui le Big bang n’aurait pu être possible.
Et la séparation d’avec ma mère, l’aura ramené au pays de ses frères et sœurs. Il aurait tant voulu que l’amour entre eux soit plus facile.
Il était reconnu pour sa tête de cochon. On le percevait orgueilleux. Je dirais aujourd’hui plutôt doté d’une immense sensibilité qui l’a poussé à se protéger.
Mon père aura été un exemple de persistance. Jusqu’au dernier moment, il aura joué de la musique. Il accompagnait les Violons et jouait dans un foyer de personnes âgées. Au début de l’année, il m’a déclaré, ne s’en sentant bientôt plus capable, qu’il devrait bientôt s’arrêter. Qu’il ne pourrait bientôt plus lire non plus. Il aura semble-t-il préféré tirer sa révérence plutôt que de se retrouver sans musique ou de nouvelles connaissances à respirer.
À nous maintenant de prendre le relais. Il nous a légué, à mon frère et moi, de précieux grains et outils qui font en grande partie ce que nous sommes. À nous à présent d’en cultiver le meilleur. Pour reprendre l’image de Newton, portés sur tes épaules de géant, nous sommes maintenant en mesure de voir très loin.
Le paradis, tenez-vous bien,
V’là mon père !
Préparez bien vos réponses sur la création de l’univers, et sur Jésus-Christ !
Si c’est vrai qu’on ne s’épuise plus au ciel,
Vous avez pas fini de vous faire cuisiner !
Et vous sur Terre, quand vous entendrez à nouveau le tonnerre, dites-vous bien que cette fois, c’est vrai que c’est mon oncle Jean-Guy qui déménage son piano, pour aller jouer un reel ou une bastringue au 7e ciel avec mon oncle Marcel, grand-papa et grand-maman Leroux !
Seigneur ! Comme dirait Jim Corcoran : J’espère qu’ils vendent d’la bière au ciel !
Je t’aime pas papa, je t’adore !!
Non seulement, la musique était sa vie, mais mon père vivait pour la musique. Il se levait et se couchait avec la musique. Elle était comme l’oxygène de l’air pour nos poumons, et coulait dans ses veines, comme elle coule maintenant dans les nôtres. Puisque nous aussi étant petits, on se levait et se couchait avec elle, se couchait surtout en fait…. Parce que mon père n’était pas un lève tôt, mais plutôt un couche tard. On s’endormait au son de l’Arnaque ou d’un Chopin. Il nous a appris à la lire, mais surtout à l’aimer.
Quand il ne jouait pas, il l’écoutait. Et lisait. Beaucoup. Pascal, Hawking, Reeves, L’Imitation de Jésus-Christ, la Bible qu’il a lue… 3 fois ? Il adorait apprendre. Je dirais encore qu’il vivait pour apprendre. Il affectionnait particulièrement les sciences, surtout l’astrophysique. Les forces universelles, la relativité et les quarks le fascinaient. Il nous a appris à aimer les orages, en les admirant, mais surtout en nous faisant découvrir le phénomène. Il aimait tenter de percer les grands mystères. Ô combien de discussions sur le Big bang, la théorie de l’évolution ou le mouvement perpétuel ! Mais aussi sur les extra-terrestres ! Parce qu’il a eu sa passe ésotérique. Il l’aura scruter le ciel au chalet dans l’espoir d’en voir enfin passer une, une soucoupe volante !!!
Il aimait la discussion, mais aussi l’argumentaire : le débat. Débat d’idées. Sur la religion, la philosophie, la psychologie, la société… la politique ! Libéral jusqu'à la moelle, je donnerais cher pour avoir son opinion sur les pertes désastreuses de la caisse de dépôt et de placement ! Il n’existait aucun tabou pour mon père, tout était sujet à discussion. À travers ces innombrables obstinations, mon père nous a livré un autre de ses précieux héritages : la liberté d’opinion et de pensée, « le libre arbitre » comme il disait. Il nous a appris à moi et à mon frère à faire fi des réflexions toutes faites, à douter, à chercher, à vérifier, pour finalement forger notre propre opinion… qui ne s’avérait pas nécessairement la même que lui… pour son plus grand bonheur j’en suis sûre ! Parce qu’à travers ses débordements et ses emportements enflammés, on traduisait son plaisir d’avoir trouvé un adversaire à sa hauteur…
Jeune, ce fût aussi un sportif. Un passionné de hockey. On a d’ailleurs appris avec lui à patiner très jeune. Il avait même fait une patinoire dans notre cour à Terrebonne. Il aimait jouer au baseball, « à balle » comme il disait. Et on a joué aussi, au hockey, patinage artistique, baseball, soccer, piano… Et toujours il était là pour nous encourager. Et pour ça, il en avait de la gueule ! Mes coéquipières s’enquéraient de la présence de mon père bien avant la mienne pour un prochain match important de balle-molle ! Il nous aura même fait gagné la coupe une année !
Puis, il y a eu bien sûr la maladie. L’arthrite rhumatoïde dont il a souffert près de 25 ans. Les opérations aux hanches, un infarctus et un quadruple pontage, un AVC, un décollement de la rétine. Ses souffrances l’auront ramené à la religion. À Dieu, sans qui le Big bang n’aurait pu être possible.
Et la séparation d’avec ma mère, l’aura ramené au pays de ses frères et sœurs. Il aurait tant voulu que l’amour entre eux soit plus facile.
Il était reconnu pour sa tête de cochon. On le percevait orgueilleux. Je dirais aujourd’hui plutôt doté d’une immense sensibilité qui l’a poussé à se protéger.
Mon père aura été un exemple de persistance. Jusqu’au dernier moment, il aura joué de la musique. Il accompagnait les Violons et jouait dans un foyer de personnes âgées. Au début de l’année, il m’a déclaré, ne s’en sentant bientôt plus capable, qu’il devrait bientôt s’arrêter. Qu’il ne pourrait bientôt plus lire non plus. Il aura semble-t-il préféré tirer sa révérence plutôt que de se retrouver sans musique ou de nouvelles connaissances à respirer.
À nous maintenant de prendre le relais. Il nous a légué, à mon frère et moi, de précieux grains et outils qui font en grande partie ce que nous sommes. À nous à présent d’en cultiver le meilleur. Pour reprendre l’image de Newton, portés sur tes épaules de géant, nous sommes maintenant en mesure de voir très loin.
Le paradis, tenez-vous bien,
V’là mon père !
Préparez bien vos réponses sur la création de l’univers, et sur Jésus-Christ !
Si c’est vrai qu’on ne s’épuise plus au ciel,
Vous avez pas fini de vous faire cuisiner !
Et vous sur Terre, quand vous entendrez à nouveau le tonnerre, dites-vous bien que cette fois, c’est vrai que c’est mon oncle Jean-Guy qui déménage son piano, pour aller jouer un reel ou une bastringue au 7e ciel avec mon oncle Marcel, grand-papa et grand-maman Leroux !
Seigneur ! Comme dirait Jim Corcoran : J’espère qu’ils vendent d’la bière au ciel !
Je t’aime pas papa, je t’adore !!
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Jean-Guy Leroux est décédé le 20 février 2009 à l'âge de 74 ans moins 2 jours.