Je viens de voir Persepolis, le film d’animation qui raconte l’histoire de Marjane Satrapi, une jeune iranienne qui a vécu son enfance à Téhéran et une partie de sa vie en Europe. Je suis sortie du cinéma avec une chose en tête : la même que celle qui m’est restée du Maroc : qu’on est donc tous pareils !!! Il suffit de se mêler aux habitants d’un autre pays, ou de visionner un film comme celui-là, pour se rendre compte que, malgré les différences culturelles ou politiques, on vit à peu près les mêmes choses. Enfant, on fait des jeux à partir de ce qu’on voit. Eux, ont inventé des marches pour ou contre le Shah, nous on marchait pour le « oui » ou pour le « non ». Adolescent, on se révolte. On a écouté, comme eux, Iron Maiden, Pink Floyd ou Mickael Jackson. Adulte, on cherche le meilleur pour nos enfants. Comparez une journée de semaine pour un marocain, un iranien, un chinois ou un québécois, on se rend bien compte que la majorité de notre temps est passé aux mêmes occupations et préoccupations : se lever le matin, déjeuner, aller travailler, faire l’épicerie, le souper, etc. En fait, on recherche tous la même chose : manger, dormir, aimer et être aimer.
Mais en même temps : qu’on est donc tous différents ! Il suffit encore de vivre ailleurs, ou de se laisser imprégner par ce film, pour se rendre compte qu’il y a partout une grande variété de gens comme il y en a ici. On se fait une image des habitants d’un pays à partir de ce qu’on voit à la télé. Une image uniforme : les africains, vivant dans des huttes, tous maigres, affamés; les chinois, peuple soumis, silencieux, sociale; les iraniens, sombres, refermés, contrôlant. Qui n’a pas été marqué par le film Jamais sans ma fille quand il pense à l’Iran ? Tout le monde sait pourtant que le québécois typique, la cabane au Canada et la tarte au sucre, ça n’existe pas ! Pourquoi y croit-on pour les autres ?!
Cette fille, cette iranienne, j’ai été touchée par son humour, décapant, intelligent, comme je l’aime. Ses réflexions me touchent, elles font références à mes propres expériences. Bref, je sens des affinités. Comme avec Ahmed, comme avec Hania, avec qui j’ai tout de suite senti qu’ils étaient comme moi, alors que pourtant, ils sont nés au Maroc, Ahmed dans un Oasis, dans une famille musulmane. Plus qu’avec la plupart des gens de ma propre culture. Plus proche que la plupart de mes voisins, plus proches que la plupart des gens de ma propre famille. Car je ne me reconnais pas moi dans Occupation double ou le banquier, je n’aime pas les Machins Drolet, CKOI ou le hockey. Je ne crois pas moi en Dieu ni aux tireuses de carte, ni en la séparation du Québec.
Quel est ce besoin de se regrouper en clans comme des adolescents ? Ces clans qui nous séparent les uns des autres et qui nous amènent à nous sentir plus fort en même temps qu’à haïr les autres. Ces clans qui, en Allemagne, au Rwanda, en Arménie et aujourd’hui au Kenya, nous amènent à nous entretuer. Comme si on devait toujours prendre parti. Soit noir soit blanc, soit rouge. Lorsqu’il y a tellement une variété de couleurs… Partout ont trouve des clans. Dans les cours d’école, dans les arénas, dans la rue, entre patrons-syndicats, hommes-femmes, les bons-les méchants. La politique est construite sur ce fondement de regroupement. Tu dois faire partie d’une gang pour être plus fort, en adopter la ligne, même si tu n’en partages pas toutes les idées. Et après, on joue à s’affronter. Le parti au pouvoir prend des décisions et le parti à l’opposition... s’oppose, parce que c’est son rôle de dire noir quand l’autre dit blanc. Pourtant, le monde bénéficierait tellement d’un éventail de couleurs…
La culture, telle qu’on la perçoit actuellement, est histoire du passé. Pour définir notre culture, on regarde en arrière, notre histoire, nos luttes, nos poètes, nos bâtisseurs, nos musiciens. Ne pas la renier bien sûr. Elle fait ce que nous sommes au présent. Mais pourquoi l’empêcher de grandir. À quoi bon garder nos recettes de tourtière et de soupe au pois, notre musique à bouche et même notre langue, si c’est pour nous isoler les uns des autres, pour nous renfermer dans un clan et vivre d’intolérance envers la différence et sa soit dit menace.
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