lundi 11 juin 2007

Le vendeur itinérant

Je déteste cette désinvolture avec laquelle on repousse le vendeur de bijoux. Ce « N’na » qu’on laisse tomber comme le papier d’enrobage d’une crème glacée jeté à la poubelle, tout en prenant une gorgée d’eau et en faisant semblant de s’intéresser à l’étiquette de la bouteille. Ou encore pire, cette totale ignorance de l’offreuse de massages ou de tresses sur la plage, les yeux sur le surfer sur la vague ou le nez dans son livre. Comme l’expression d’un « Ha, ils m’emmerdent. On peut-tu avoir la paix !? »

Qui sommes-nous pour juger de haut ? On ne sait rien de ce qu’ils sont. Les a-t-on bien regardé ? Avons-nous pris le temps de regarder dans leurs yeux ? Ils sont là sous le gros soleil. En jeans, running shoes, chemise, traînant leur boîte de bagues et de colliers, leur carnet de photos de tresses de toutes sortes ou leur bol de fruits sur la tête. N’a-t-on pas remarqué qu’ils sont au travail ?

Ce matin, sous les palmiers, alors qu’on prenait notre petit déjeuner, eux étaient déjà au garde-à-vous. Semblant s’ennuyer, leur boîte de cirage sous le bras, leur panier rempli de fruits frais, ils nous épiaient, guettaient la fin de notre repas, le signal imminent du début de la journée. Le moment où ils quitteraient l’ombre réconfortante des palmiers.

Et ce fût parti. Pendant que nous surveillions foncer la marque de notre costume de bain, que nous nous préoccupions de l’orientation du parasol et du numéro de notre crème solaire, ils furent là, et relà, à 11h, à midi, à 2h30, à 5h. « Hola, Hi, Salam alekoum, bonjour » Partout, la même chanson. Sous le soleil de midi à la chaleur accablante de la fin d’après-midi, jusqu'à ce que le dernier brûlé à l’os déclare forfait et se retire pour une cerveza bien méritée.

Combien ont-ils pu faire ? Combien une journée peut-elle bien leur rapporter ? Ai-je acheté quelque chose ? Non. Et mon voisin ? Non plus. Ni mes voisines de l’autre côté. Peut-être eux un peu plus loin, un collier, à moins que ce ne fût qu’une simple promesse d’achat. Ça fait quoi ? 2, 3 colliers, 5 ? 10 au mieux en grosse saison ? À quoi ? 5 piastres chaque ? Peut-être moins. Au mieux, 50 piastres ? 50. Sûrement une très bonne journée. Et ce ne fût pas le cas pour la faiseuse de tresses, pas vu une seule tresse en une semaine…

Ainsi vont mes réflexions pendant que mes yeux regardent s’éloigner lentement entre les parasols et les serviettes, le vendeur de cd de bachata et de meringue à qui je viens de dire « N’na ».

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